dieu me déteste

Dieu me déteste

J’avais, en mai dernier, repéré les pubs Dieu me déteste dans le métro, sans avoir vraiment compris qu’il s’agissait d’un livre. Les émissions littéraires en ont ensuite beaucoup parlé. Après Nos étoiles contraires (février 2013) de John Green, adapté au cinéma en août dernier, Dieu me déteste est un autre livre sur le cancer, les ados, l’amour.

métro Dieu me détesteRichard Casey a 17 ans. Hospitalisé dans le service de soins palliatifs de l’hôpital Hilltop à New-York, il réussira a priori à fêter ses 18 ans. Il n’atteindra jamais ses 19 ans. Son cancer est en phase terminale. Il côtoie à son étage, des gens dans la même situation que lui, beaucoup plus âgés. Seule une autre adolescente, Sylvie, est hospitalisée en même temps que lui.

Le livre raconte dix jours, du 30 octobre au 8 novembre, de la vie de ces deux adolescents hospitalisés aux soins palliatifs.

Richard emmène le lecteur dans son monde dès la première phrase, avec un style dynamique et drôle. Il réinterprète sa maladie, c’est touchant et terrible à la fois : A l’évidence, je suis bien trop jeune pour être ici, alors ils se demandent ce qui cloche. Je vous refais la conversation, elle se répète inlassablement : « Tu es là pour quoi, fiston ? Qu’est-ce qui ne va pas ? ». Et là, je fais mes grands yeux innocents et mon air sérieux, et je réponds : « J’ai un DMD. ». Là, le type me regarde bêtement en faisant : « Hein ? », et j’enfonce le clou : Un DMD. C’est un acronyme ». Il y en a qui ne savent même pas ce que c’est, alors j’attends une seconde et je balance : « DMD, comme dans Dieu me déteste ».

La personnalité de Richard est véritablement attachante, ses réflexions sur la vie résonnent, ce qu’il observe à l’hôpital interpelle. Il a envie de vivre, de profiter des moments qui lui restent. Il nous rappelle ce qu’est un ado. Le respect de la vie privée est essentiel, par exemple. Le décalage entre ce qu’il vit à l’hôpital et ce qu’il aurait vécu chez lui :
C’est peut-être ce que je déteste le plus, dans cet endroit et dans tous les hôpitaux de la terre : n’importe qui peut débarquer à l’improviste. Personne ne prend même pas la peine de frapper. Impossible d’avoir une once d’intimité dans ce trou.

J’en profite pour pousser un coup de gueule. Ecoutez-moi bien, tous : on est des adolescents. A la maison, il y aurait un panneau DEFENSE D’ENTRER sur la porte de notre chambre, et même un verrou. On pourrait claquer la porte au nez de qui on veut et traîner peinards dans notre petit sanctuaire, bouclés à demi-tour.

Son histoire d’amour avec l’autre adolescente hospitalisé donne son sens à l’histoire et aux derniers jours de la vie de Richard. Sylvie est ce que ma mamie appelle une chieuse. C’est un compliment. Richard est amoureux et les deux tourtereaux bouleversent le service de soins palliatifs par leur volonté de vivre, les « bêtises » qu’ils font et leurs revendications : « On est des ados ! ».

Les autres personnages apportent beaucoup au livre, entre ceux qui accompagnent la folle envie de vivre de Richard et ceux qui veulent la contenir. La mère « qui a l’air plus malade que moi », la grand-mère fofolle de Richard, l’oncle déjanté talentueux en dessin, le père de Sylvie rendu fou par la tristesse et l’alcool, les infirmiers…

Points faibles
Tellement prise et émue par cette lecture, je n’ai pas eu le temps de m’apercevoir de ses points faibles…

Points forts
– Un langage plein d’humour, imagé « J’ai fait la liste de tous les trucs dont je n’aurai pas à m’inquiéter – trouver un boulot, élever des enfants ingrats, divorcer, me faire opérer des dents de sagesse, surveiller mon cholestérol (…) »
– La maladie n’est pas le sujet du livre mais sa « contrainte dramatique », comme l’indique avec justesse l’éditeur
– La partie de poker finale

Mon point de vue
Ce livre n’est pas juste un énième livre sur le cancer. Le sujet peut paraître rebutant mais, croyez-moi, une fois entré dans le livre, impossible de quitter Richard. Dieu me déteste, malgré son titre, nous rappelle que la vie est belle : « Voilà c’est bon d’être en vie, quand même. Pour les surprises, le on-ne-sait-jamais, ça vaut vraiment le coup ».
L’auteur réussit à ne pas sombrer dans le pathos. Elle nous émeut en nous permettant de rencontrer des personnages extraordinaires. Le lecteur passe un moment intense avec eux, 10 petits jours que l’on voudrait prolonger. Un livre superbe.

Ne vous inquiétez pas pour moi. Tout va bien. Merde, quand on y regarde bien, Sylvie et moi, on va s’en tirer tous les deux. Sans déconner.


Dieu me déteste est le premier titre d’une association de deux professionnels de l’édition, Stephen Carrière (éditions Anne Carrière) et Dominique Bordes (éditions Monsieur Toussaint Louverture) appelé La Belle Colère. Ils ont œuvré ensemble pour la création d’une nouvelle collection de romans français et étrangers pour adultes dont les personnages principaux sont des adolescents.
Pour tout connaître de ce label, le site www.labellecolere.com

Dieu me déteste
Hollis Seamon
Editions La Belle Colère
276 pages – 19 euros

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A propos de Littérature et Santé

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