en souvenir dandre

En souvenir d’André

Etes-vous favorable à la liberté individuelle de mourir quand chacun le décide ? Pensez-vous avoir le droit de choisir votre mort quand vous l’aurez décidé, surtout si votre pronostic vital est engagé ? Le livre de Martin Winckler, sorti récemment en poche, pousse le lecteur à réfléchir -si ce n’est déjà fait- à ce sujet complexe et controversé.
Pour ceux qui ne connaissent pas l’auteur, Martin Winckler est le pseudonyme d’un médecin français, romancier et essayiste, évoquant souvent la situation du système médical français, la relation patient-médecin, les conflits d’intérêt…

Aussi, sans surprise, le héros du livre est-il un médecin et autour de la question de la fin de vie, les thèmes de prédilection de l’auteur sont abordés : les pratiques d’influence de l’industrie pharmaceutique, la contraception, comme des clins d’œil, en marge du sujet principal.

J’avoue que je ne connaissais pas l’histoire quand j’ai acheté le livre, j’ai fait confiance à la « marque » Winckler : je n’avais pas lâché « Le Chœur des femmes » quand je l’avais lu, j’avais aimé aussi « Nous sommes tous des patients » et le livre qui l’a fait connaître « La maladie de Sachs » est dans ma Liste de Livres à Lire.

La première phrase du livre : « Je voulais aider mon père à mourir ».

Dans un pays dont le nom n’est pas précisé, un médecin, le narrateur du roman raconte comment il a été l’un des premiers médecins, à assister les personnes qui souhaitaient mettre fin à leur vie. C’est un médecin qui n’aime pas voir les gens souffrir et a été orienté très tôt vers le traitement de la douleur.

Et parce que « quand on n’a plus mal, on peut continuer à vivre » et qu’il y a « des douleurs qui résistent à tout », il se pose des questions, se documente, sur la fin de vie et s’oriente vers les soins palliatifs.

Il dénonce la posture médicale face aux patients qui désirent mettre un terme à leur douleur : « Sauver la vie était le blason des médecins ; donner la mort, un privilège de leur caste ». « Quand on décide qu’on sera médecin, c’est souvent par désir d’empêcher les autres d’être malades et de mourir. Le temps de le devenir, ce désir en a pris un coup. On se retrouve submergé par sa propre ignorance, atterré par sa propre impuissance, terrorisé de savoir qu’on n’est pas soi-même à l’abri et que nos parents, nos amis, nos amants, nos aimés n’échapperont à rien, eux non plus, qu’on soit ou non à leur côté ».

Alors clandestinement, il répond à la demande de ceux qui lui demandent de mourir et les accompagne. Son expérience et son témoignage aideront à assouplir la loi, laquelle encadrera mieux les demandes des patients.

La narration se situe à un moment de la vie du narrateur où il est lui-même en fin d’évolution d’une maladie mortelle. Il raconte son itinéraire de soignant, les histoires que les personnes lui ont confiées au moment de mourir à lui seul et non à leurs proches et à son tour, il livre un secret à son mystérieux auditeur à la dernière page…

J’ai hésité à vous livrer le pourquoi du titre : je préfère vous laisser la surprise parce que c’est le moment qui a commencé à me faire apprécier la lecture. Si vous pensez ne pas lire le livre, demandez-le-moi…

Points faibles
– Un style un peu monotone, avec une histoire dont la cohérence nous échappe au début, qui a manqué me faire abandonner le livre même si le narrateur nous prévient, lui qui parle à un visiteur inconnu « Pardonnez-moi si je ne raconte pas mes histoires dans l’ordre ».
– Une histoire d’amour imprévue sans laquelle pourtant la fin ne serait pas ce qu’elle est
– La méthode d’accompagnement du narrateur sans protocole avant d’accéder à la demande de « suicide assisté », semble un peu légère. Il est même étonnant qu’il n’ait pas été dénoncé et arrêté.

Points forts
– Un livre plein d’humanité avec des énigmes, du suspens, une révélation finale surprise
– A travers les différentes histoires du narrateur, le lecteur est invité à réfléchir à ce problème auquel nous ou des proches seront peut-être confrontés un jour
– Un plaidoyer pour une médecine qui tienne compte des besoins des patients et qui descende de son piédestal

Les femmes, voyez-vous, j’ai le sentiment qu’elles ont toujours de bonnes raisons de tenir bon, de s’accrocher. Tandis que les hommes, quand plus rien n’a de sens, ils lâchent prise.

S’ouvrir sans questionner, écouter sans interrompre, entendre sans juger. Expliquer. Apaiser. Soulager.

Je pensais, depuis longtemps déjà, qu’il n’est pas nécessaire d’être un professionnel pour accompagner celui qui choisit de mourir.
Veiller fait partie de l’expérience humaine.

( …), j’avais pris l’habitude de ne pas poser de questions : trop de patients souffraient d’être interrogés sans relâche – par les médecins, la famille, les visiteurs bien ou mal venus.


En souvenir d’André
Martin Winckler
Folio – Mars 2014, 161 pages
POL éditeur 2012

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A propos de Littérature et Santé

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