les endormeurs

Les endormeurs

Question : Qu’écrit une psychanalyste-écrivain en immersion choisie dans un service d’anesthésiologie ?
Réponse : Un roman quasi existentiel sur les approches différentes qu’ont deux disciplines, la psychanalyse et l’anesthésie, face à la vie, à la douleur.

Pour évoquer ce sujet, l’auteur met en scène Drik, psychiatre. Il reprend son activité après la mort de sa femme Hanna, qu’il a accompagnée dans les derniers mois de sa vie.

Sa sœur Suzanne, anesthésiste mariée à son meilleur ami Peter, psychiatre comme Drik, l’a soutenu et reprend, elle aussi le travail, après s’être occupée d’Hanna.
Un jeune interne en médecine, Allard Schuurman, premier nouveau patient de Drik cristallise : d’une part les réflexions entre les deux professions quand il abandonne la psychiatrie pour l’anesthésiologie et d’autre part, les relations complexes entre tous les personnages de la famille, conduisant les uns et les autres à des erreurs et à des tragédies.

Sous fond de drames familiaux, l’ouvrage aborde deux thèmes principaux :

Psychanalyse versus anesthésie : à la fin du livre, l’auteur déclare : «Dans ma profession, la psychanalyse, nous partons du principe que, dans la plupart des cas, le patient gagne à savoir ce qui se passe en lui. L’anesthésiste, lui, épargne les sensations douloureuses, il considère qu’il a bien fait son travail si le patient n’est absolument pas conscient de la souffrance qu’on lui a infligée. Ce contraste me fascinait depuis des années
De nombreuses références sont ainsi faites, par exemple, Drik, en parlant de sa sœur : « Elle a un métier simple : si la tension artérielle monte, on met de la nitroglycérine et si elle descend, hop, de l’épinéphrine. Mon métier à moi, c’est un bourbier de flous qu’il faut traverser en manœuvrant à l’intuition. »

A travers de nombreux détails sur le déroulement d’opérations, l’auteur aborde les questions de la douleur, de la perte de conscience… Elle oppose l’ »endormissement » de la conscience réalisé par l’anesthésiste pour faire disparaître la douleur, que le patient ne souffre pas, au travail d’éveil de cette même conscience par le psychanalyste. Ce dernier traite la douleur en cherchant à ramener à la conscience de son patient les traumatismes vécus pour l’aider à comprendre. Ainsi, pour Drik, quand son jeune patient change de voie, il « n’a plus besoin d’affronter sa peur, il peut la recouvrir fermement avec des techniques anesthésiantes ».

Doutes et beauté de la profession médicale
La reprise d’activité de Drik convalescent est l’occasion d’aborder la relation patient-médecin, du point de vue du soignant : Le patient n’est pas le seul à être nerveux lors d’un premier rendez-vous. C’est aussi un moment relativement crucial pour le thérapeute. Il doit faire toute une série de choses à la fois. Observer, écouter, établir le contact, prendre des décisions, en informer le patient, évaluer, mémoriser.

Sa sœur aussi s’interroge : Ça avait été comme ça toute la journée. Les opérations rataient, et quand ce n’étaient pas le cas, on pouvait se demander à quoi elles servaient, si le résultat compensait les misères qu’on faisait endurer au patient.

Malgré leur profond amour de leur métier, chacun a ses moments de doute, les difficultés à appliquer à soi-même les conseils prodigués aux patients, des problématiques d’estime de soi, de culpabilité face à l’échec et aussi de distance par rapport au métier : Deux journées de libres. C’est un plaisir sournois de sortir ainsi de l’hôpital, sur ses deux jambes, et de laisser les patients avec leurs maladies et leurs souffrances à l’intérieur.

Points faibles
Beaucoup de questions subsistent sur les « motivations » de l’interne en médecine qui a fait basculer cette famille

Points forts
Point de vue intérieur sur les métiers d’anesthésiste et de psychiatre-psychanalyste
Analyse des relations familiales
Une autre thématique intéressante : hôpital (travail en équipe, avec des supervisions obligatoires) versus cabinet libéral (travail solitaire, supervisions décidées par le psychanalyste)

Mon point de vue
Anne Enquist, écrivain néerlandais a écrit Les endormeurs dans le cadre du programme « Un écrivain dans le service » du département Littérature et médecine de l’Université libre d’Amsterdam.
Savoir cela permet, étrangement, de prendre du recul par rapport à une histoire angoissante, pesante. L’intérêt du livre est de comprendre deux points de vue médicaux et d’y réfléchir. Il serait intéressant de recueillir le point de vue de psychiatres et d’anesthésistes sur cette vision de leurs métiers.

Les endormeurs
Anne Enquist
Actes Sud – Janvier 2014
364 pages – 22.80 €

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A propos de Littérature et Santé

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