demain jetais folle Arnhild Lauveng Autrement

Demain j’étais folle – Arnhild Lauveng – Editions Autrement

Demain j’étais folle – Un voyage en schizophrénie est un livre bouleversant, interpellant, détonnant. Un récit à la première personne du singulier et qui plante le décor dès la première ligne : Si j’écris ce livre, c’est parce que je suis une ancienne schizophrène.
Schizophrénie signifie « esprit divisé », nous rappelle l’auteur, Arnhild Lauveng, norvégienne. Elle retrace ainsi la lente entrée dans la maladie, sa descente aux enfers à 17 ans, ses hallucinations, visions (les loups, la Solitude en robe bleu-blanc, les rats…) et voix (le Capitaine notamment), ses automutilations, son énorme souffrance, les relations avec les soignants durant ses nombreuses et longues hospitalisations.

Tout l’intérêt du livre est certainement que l’auteure, guérie de sa schizophrénie, est aujourd’hui psychologue, métier qu’elle dit avoir toujours rêvé d’exercer avant même d’être malade. Son livre mêle histoires personnelles et recul lié à sa profession.

Son objectif est de « raconter une autre histoire » aux personnes malades : la schizophrénie peut se guérir, or ce n’est pas ce qu’il lui a été annoncé lors de son diagnostic. Ainsi, les études « montrent qu’environ un tiers des patients se rétablissent complètement ou partiellement, un tiers s’en sortent bien même s’ils souffrent toujours un peu et auront toujours besoin d’une assistance du personnel de santé et un tiers se battent beaucoup et longtemps contre leur maladie. »

Le lecteur ne sait pas très bien comment elle s’en sort, il n’y a pas de recette miracle. On comprend qu’une combinaison de facteurs l’a aidée :

La rencontre de soignants pleins d’humanité : « des gens qui étaient des êtres humains en plus d’être des professionnels de santé, et qui acceptaient que moi aussi je sois un être humain, en plus d’être une patiente » et notamment le médecin qui lui a présenté des excuses : « C’était la première fois qu’un médecin s’excusait auprès de moi, ce fut la seule, et j’ai trouvé ça fantastique. J’étais dans une situation incroyablement humiliante, je me sentais toute petite, mais il fut assez grand pour me relever un petit peu. Je lui en suis toujours reconnaissante ».

Le fait d’avoir un projet personnel et des personnes pour l’accompagner (soignants, famille) : « Au fil du temps, j’ai rencontré une conseillère en rééducation qui osait regarder jusqu’au bout du monde. Elle croyait en mes projets même s’ils étaient assez délirants, mais elle parvint à garder la tête froide et prévoir un filet de sécurité avec moi. »

Trouver des réponses à ses questions : « le Capitaine continua à hurler jusqu’à ce qu’on m’aide à voir ce qu’il représentait, à travailler sur mes craintes et mes exigences, les questions essentielles de ma vie et la façon dont je souhaitais y répondre. Quand j’appris à voir d’où venaient mes exigences, de quoi j’avais peur et quand on m’eut aidé à réfléchir sur ce que j’estimais être des attentes importantes, justes et raisonnables pour moi et les autres, le Capitaine se calma ».

Points faibles
Je n’en vois pas même si ce n’est pas un livre parfait

Points forts
– Une belle préface de Christophe André
– Une belle écriture qui fait percevoir au lecteur ce qu’elle a vécu et ressenti
– Le livre est sobre, avec une certaine distanciation, des explications instructives pour le lecteur
– Un témoignage qui va jusqu’à « aujourd’hui » et notamment le regard des autres sur elle, certains doutant qu’elle soit guérie, d’autres qu’elle ait été schizophrène…

Mon point de vue
Ce témoignage aura mis 9 ans à être traduit du norvégien au français. Il est réellement hors du commun : plein d’espoir pour les patients et leurs familles et incontournable pour les soignants.

Il rappelle que les patients sont des personnes : « Ce n’est jamais « une schizophrénie » que l’on doit traiter, mais une personne chez qui on a diagnostiqué cette maladie. La différence est énorme. »

Christophe André indique par ailleurs dans sa préface : « Ne jamais l’oublier : lorsque nos proches (ou nos patients, si on est soignant) nous déconcertent, nous épuisent, nous font peur, même lorsqu’il nous semble qu’ils sont devenus complètement fous, ils restent totalement et absolument sensibles à nos attitudes. »

Un livre qui change de regard sur la maladie mentale, à lire absolument.

Demain j’étais folle
Un voyage en schizophrénie
Arnhild Lauveng
Autrement – janvier 2014
215 pages – 17€

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A propos de Littérature et Santé

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