la grande sante

La Grande Santé – Frédéric Badré – Seuil Editions

« Un acronyme, qui m’était jusqu’ici inconnu, vient de prendre le pouvoir. » SLA : la vie de Frédéric Badré est bouleversée suite à l’annonce d’une sclérose latérale amyotrophique, encore appelée Maladie de Charcot.
Dans La Grande Santé aux Editions Seuil, ce littéraire, passionné de musique, peintre, raconte l’évolution de sa maladie, tout en finesse, avec érudition.

A deux ou trois reprises de ce récit à la première personne, le lecteur a la surprise de rencontrer, un « tu » dont on ignore le nom. Est-ce nous le lecteur ? L’un ou l’autre de ses 3 enfants, tant l’auteur a une obsession de la transmission ? « Ne crois pas que la maladie m’incite à trouver refuge dans le passé ».

En trois chapitres inégaux par leur taille, nous sommes tout d’abord « Dans la forêt obscure » pour finir par entendre l’« Echo des Lumières » en ayant vécu une « Métamorphose ». Ces noms de chapitre disent bien l’espoir et l’énergie que conserve Frédéric Badré.

Et pourtant : « Mon corps se suicide » et « Pour pimenter la situation, la lucidité reste entière, elle s’accroît même, dans la mesure où tu ne peux pas détourner ton attention de la décrépitude. »

L’auteur décrit sans se plaindre ou chercher à attirer la pitié, la déchéance dont il fait l’objet : ses difficultés d’élocution sont l’une des manifestations les plus impressionnantes. « Très vite après le diagnostic d’une SLA, l’orthophoniste entre dans ta vie. » « Je m’efforce de conquérir avec mon orthophoniste le calme nécessaire pour dominer ma vie nouvelle. »

Alors qu’il doit renoncer à beaucoup de ce qui fait le sel de sa vie « Je fais mon deuil (…) de tous ces instants fugaces auxquels on ne songe guère dans le cours normal de la vie », il lui reste la littérature : « Je consacre maintenant un temps considérable à la littérature. Forcé par la SLA à reposer longtemps mon corps, je lis. La lecture m’éveille. Je tire de ma bibliothèque la force de vivre. ».

L’auteur réussit le tour de force de nous parler de la maladie dans une conversation : les problèmes administratifs liés à sa situation, le fardeau qu’il devient pour ses proches, sa relation avec son neurologue mais aussi Métamorphose de Kafka, les grandes séries hollywoodiennes, la musique rock, Lucian Freud…

Points faibles
Je mets rarement des points faibles aux témoignages !

Points forts
– Les mots sont forts, le style fluide, le propos érudit, le ton calme en opposition avec la pesanteur de la situation
– Les références littéraires, musicales, artistiques toujours justes et appropriées

Mon point de vue
La Grande Santé de Frédéric Badré est un témoignage inestimable sur la vie avec la maladie de Charcot et en même temps, il n’est pas que ça. Il est une conversation cultivée qui m’a beaucoup émue. Le livre exprime ce que l’auteur n’est plus en capacité d’exprimer car « la maladie neurodégénérative m’extrait du monde ».
On ne peut manquer de s’interroger sur ses propres réactions face à une telle maladie pour soi et pour ses proches. Un livre qui incite à aimer la vie, à apprécier tous les instants.
Merci monsieur Badré pour cette transmission.

La maladie de Charcot est traité autrement dans ce blog – Le dernier message de Sandrine Madison

Définition de la maladie tirée du livre
La sclérose latérale amyotrophique est une maladie centrale du système nerveux. Les neurones moteurs ne répondent plus aux ordres que le cerveau leur envoie. Ils se détruisent anormalement vite et les muscles, conduisant rapidement à la paralysie. Connue depuis le XIXème siècle sous le nom générique de maladie de Charcot, du nom du médecin qui le premier s’est intéressé aux pathologies neurodégénératives, la SLA est relativement rare : six mille cas répertoriés en France. C’est aussi la moins rare des maladies dégénératives.

La Grande Santé
Frédéric Badré
Seuil Editions – avril 2015
200 pages – 17.50 €

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A propos de Littérature et Santé

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