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Suicide : revivre après s’être raté > La peine d’être vécue de Priscille Deborah – Les Arènes

Perdre ses deux jambes et son bras droit : c’est ce qui est arrivé à Priscille Deborah après sa tentative de suicide en se jetant sous une rame de métro.

Comment vivre avec un tronc pour corps, en étant « un cul de jatte, une amputée, une infirme » d’autant que, comme elle le dit, c’est « par sa faute, sa lâcheté » ?

Comment en est-elle arrivée là ? Il ne lui était plus possible de penser, de vivre normalement et elle s’était convaincue que sa fille, son mari, « Tous seront mieux sans le spectre que je suis devenue ». Le livre témoignage débute par son mal être et son geste suicidaire.

Priscille Deborah raconte ensuite le douloureux réveil à l’hôpital, son état d’esprit, les soins, les réactions de la famille, des amis… Puis, elle revient sur son enfance : le décès d’un petit frère adoré quand elle avait douze ans, l’omerta familiale sur le sujet, l’adolescence à risque qui a suivi.

L’auteure a réalisé un travail d’acceptation de son état et de redécouverte d’elle-même qui lui a permis d’accepter son nouveau corps avant d’être capable d’affronter le regard des autres. Elle a fini par considérer que son suicide raté était une deuxième chance. Elle a dépassé son nouvel handicap pour réaliser une nouvelle vie de femme ainsi que sa vocation d’artiste-peintre.

A force de ne pas mener la vie que je voulais, de ne pas me respecter, de ne pas me regarder telle que j’étais, avec mes besoins, mes incapacités, et de me forcer à rentrer dans la peau d’une femme qui n’était qu’une coquille vide, je me suis lentement détruite.

De son témoignage, je retiens en particulier les relations avec les soignants :

– Leur maltraitance dans le service de chirurgie orthopédique dans lequel elle atterrit après sa tentative de suicide : son geste était-il lui-même trop violent pour que les soignants se sentent en capacité de s’occuper d’elle ?

« Infirmières, aides-soignants, brancardiers, cantinières défilent en un ballet incessant ; ce ne sont jamais les mêmes personnes, je suis perdue. Ils pratiquent des soins sur mon corps mais restent insensibles à ma détresse. Ils n’ont pas le temps de s’attarder. Leurs pas claquent sur le lino du couloir, les infirmières piaillent et rient trop forts. »

Un soir, elle éclate en sanglots et hurle que c’est trop dur : « s’il vous plait, moins fort », répond l’infirmière avant de lui souhaiter bonne nuit.

Et puis encore : « Un aide-soignant me laisse à moitié lavée, le gant encore plein de Betadine sur mon ventre parce qu’il a fini son service. Je ne réagis pas. Je suis nue, immobile. Combien de temps ? Je fixe les reflets sur la barre du lit jusqu’à ce qu’ils s’étirent. Quelqu’un d’autre va entrer et finir le boulot… personne ne vient. Ils appellent ça un « moment creux dans les plannings ».

Avant son geste, elle rencontrait une dizaine de médecins différents dans la même semaine : une vraie boulimie médicale. Elle n’a jamais trouvé une thérapie, un thérapeute qui lui conviennent. Etait-elle en capacité de les rencontrer ?

En contrepoint, dans « l’après », il y a aussi le professeur en psychiatrie : « il s’assied à côté de moi, à ma hauteur ; j’apprécie ce geste qui n’est pas courant chez tous les médecins. »

Ou encore Sylvio, le prothésiste, un partenaire indispensable, toujours à l’affût d’une découverte technologique, a été une personne déterminante dans sa reconstruction. « C’est lui qui m’a donné la possibilité de remarcher. »

 

Points faibles

Points forts
– Une architecture cohérente et un style fluide

– La sincérité, la non complaisance du témoignage
– Le lecteur sait à l’avance que l’histoire se finit bien, ce qui réduit l’intensité dramatique d’un tel sujet

Mon point de vue
Aborder la dépression, le suicide raté est une gageure en soi : pari gagné pour l’auteure. Elle nous livre un témoignage puissant, donnant envie d’aimer la vie.

Dommage qu’on ne puisse pas visualiser (sur Internet, par exemple ?) les peintures de Priscille Deborah citées dans l’ouvrage.
Un livre inédit que je recommande à tous ceux qui en ressentent le besoin : le handicap devient chemin de sagesse…

La peine d’être vécue
Priscille Deborah – avec Julia Pavlowitch-Beck
Les Arènes – février 2015
288 pages – 17 €

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A propos de Littérature et Santé

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