le cri de la mouette

Journée mondiale des sourds > Entendons « Le cri de la mouette » – Emmanuelle Laborit – Pocket

Emmanuelle a 22 ans et vient d’obtenir le Molière de la révélation de l’année. Sa particularité ? Emmanuelle est née sourde profonde, diagnostiquée à  l’âge de 9 mois et surnommée « la mouette », à cause des cris qu’elle pousse.

Le cri de la mouette est le récit d’une histoire de vie qui commence à l’âge de 7 ans, par la découverte de la langue des signes, une véritable révélation pour une enfant qui était jusque là murée dans le silence et la difficulté de communiquer avec les autres : soudain le monde m’appartenait et j’en faisais partie.

Le livre est une histoire de combats contre soi-même, contre les autres, pour une solidarité entre entendants et sourds.

J’en ai retenu trois thèmes :

– La difficulté de l’enfance et de l’adolescence : une véritable souffrance qui nous est racontée par Emmanuelle Laborit, partagée par de nombreux sourds, en particulier quand les parents sont mal orientés et conseillés. Ces tranches de vie sont détaillés avec beaucoup de pudeur et de sincérité : avant et après la découverte de la langue des signes, la rébellion à l’adolescence…

Je suis souvent solitaire, je m’ennuie dans un monde qui parle autour de moi. Parfois, je m’énerve de ne pas comprendre.

– La langue des signes est une véritable langue avec sa syntaxe, sa grammaire, son argot. Interdite en France jusqu’en 1976 car elle était considérée comme une  gestuelle indécente, provocante, sensuelle, qui fait appel au corps, ce n’est qu’en 1991 que le choix est laissé aux familles entre éducation bilingue (langue des signes et français écrit et oral) et une éducation exclusivement orale.
Le cri de la mouette est un véritable plaidoyer de cette langue par « Le soleil qui part du cœur » (nom de Emmanuelle Laborit en langue des signes).

Je ne suis pas handicapée, je suis sourde. J’ai une langue de communication, des copains qui la parlent, mes parents qui la parlent.

– L’inadaptation de notre société aux besoins des sourds, due à une véritable méconnaissance de cette communauté et à des représentations négatives. Cela va jusqu’à l’enseignement qui n’est pas adapté, notamment quand il est exclusivement oraliste. L’intégration scolaire n’est pas réalisée, l’intégration professionnelle est ainsi compromise. Par manque de sous-titres, de traduction en langue des signes des messages sanitaires (et notamment de prévention du sida) ou des grands évènements de la vie politique, les 3 millions de sourds en France, sont mis à l’écart.

C’est la société qui me rend handicapée, qui me rend dépendante des entendants : besoin de se faire traduire une conversation, besoin de demander de l’aide pour téléphoner, impossibilité de contacter un médecin directement, besoin de sous-titres pour la télévision, il y en a si peu.

 Points faibles

Points forts
Une appréhension du monde des sourds de l’intérieur

Un exemple de volonté, de persévérance et de tolérance

Mon point de vue
Le cri de la mouette est bien plus qu’un témoignage émouvant et instructif sur l’enfance et l’adolescence d’une jeune femme sourde : il est aussi un « cri » engagé, militant, en faveur d’une meilleure intégration des personnes sourdes dans la société, une meilleure compréhension de ce qu’ils vivent et une acceptation de la différence, sans tenter de les faire nous ressembler.
Ce livre est incontournable, à mettre entre toutes les mains.

Le cri de la mouette
Emmanuelle Laborit
Pocket – 2001
224 pages – 6.20 €

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A propos de Littérature et Santé

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