Patients, réveillez-vous
Filippo Monteleone 
Editions Débats publics

Patients, réveillez-vous ?

Sous-titré La transformation de l’hôpital entre les mains du patient, l’essai Patients, réveillez-vous a été écrit par Filippo Monteleone, lorsqu’il était directeur général délégué du groupe de cliniques privées, Générale de Santé.

Le fil rouge du livre est le sentiment de l’auteur que la révolution du système de santé se fera par le bas, et non depuis la sphère technocratique. Il dresse le constat d’une insuffisante prise en compte du patient dans les hôpitaux.

Alors que les ministres de la Santé se succèdent avec des projets de refonte du système dans leurs programmes, le patient ne bénéficie d’aucune amélioration notable. A l’hôpital, on ne s’adapte presque jamais à lui.

Tout au long du livre, cette thèse est développée, en évoquant l’émergence du patient 2.0, la nécessité d’un nouveau regard sur le patient, « un client comme un autre ». Au risque de choquer, l’auteur affirme qu’il faut aujourd’hui prendre en compte à l’hôpital un impératif de satisfaction et de personnalisation du service aux patients.

Ce sont les revendications des patients, leurs propositions, leur autonomie accrue et leur approche inédite de la santé qui inciteront le système à enfin se réformer en leur faveur.

De mon côté, je ne peux que souscrire à cette théorie, même si je sais que le terme de « client » est sujet à controverse dans la santé.

Je n’ai compris qu’à la page 133 (oui, c’est un peu tard…) ce qui me dérangeait.

Alors que le titre est à la deuxième personne du pluriel ce qui laisse supposer que l’auteur va s’adresser aux patients, la majorité de l’ouvrage est la première personne du pluriel.  Le « nous » est constant :

Nous devons nous diriger vers un accompagnement et une prise en charge globale du patient, avant et après sa maladie.

Nous serons des gestionnaires de santé, pas des gestionnaires d’hôpitaux.

Et pour parler des patients, Filippo Monteleone emploie finalement le… « ils » : «ce que veulent les patients », « ce qui les intéresse… ».

Ce qui crée une dissonance : à qui parle l’auteur ? Il y a un mélange troublant des pronoms et des publics à qui s’adresse l’ouvrage.

L’essai se compose d’une succession lassante d’injonctions destinées, on le suppose, à tous ceux qui dirigent des établissements, aux professionnels de santé etc.  : « arrêtons de… »  « nous devons…»

Page 195, Filippo Monteleone s’adresse enfin aux patients (pour être honnête, un paragraphe page 84 les concernait directement) par un chapitre intitulé Soyez (im-)patients : le patient, juge de paix et moteur du changement.

Et là, je ne suis pas d’accord quand il considère que « Le réveil des patients est avant tout une affaire individuelle et une question de responsabilité personnelle. » ou encore « Même si l’on souhaite qu’il y ait des associations de patients plus puissantes et plus structurées, ce n’est pas le vrai sujet. »

Les associations ont vocation à structurer l’information et à favoriser l’entraide entre patients, notamment via les réseaux sociaux. Elles sont utiles lorsqu’elles lancent des dispositifs de fundraising et de crowdfunding pour collecter des fonds destinés à la recherche clinique et aux innovations. Mais elles ne doivent pas se muer en syndicats.

Outre que pour lui, la représentation des usagers est presque considérée comme inutile, sa vision des associations de patients me semble réductrice.

J’ai des dizaines d’exemples où des patients ont essayé de se faire entendre seuls, sans succès alors que la puissance du collectif, pour le même dossier a réussi à emporter une décision positive d’une institution à leur égard.

La loi du 4 mars 2002 n’a pas fourni sans raisons, des droits individuels et collectifs aux patients.

Ainsi, l’auteur veut « confier au patient les clefs du système » mais il ne fournit aucun exemple concret et réussi dans un établissement hospitalier, voire un système de santé étranger. Sa solution : « affranchissons-nous des schémas traditionnels et des structures existantes. » Oui, mais comment ?

Il demande aux patients de se réveiller (ce qui en soi est un peu déplaisant, comme impératif), sans leur donner des solutions concrètes, hormis cette « prescription » :

Donnez de la voix, soyez exigeants, écrivez ce que vous pensez sur les forums, les réseaux sociaux ou les blogs. N’hésitez pas à vous exprimer, à réclamer que l’on vous écoute, et surtout que l’on vous entende. Soyez force de proposition. Soyez impatients face aux délais d’attente, aux retards de la prise en charge et aux lenteurs administratives. Dites haut et fort que ces dysfonctionnements n’ont que trop duré.

Conclusion de ma lecture de « Patients, réveillez-vous »

Lire tout au long d’un ouvrage que la France est nulle et en retard est légèrement agaçant (et pourtant, je ne suis pas d’un optimisme béat). Le livre contient pourtant quelques idées intéressantes dont le fil rouge. Il comporte cependant beaucoup d’impératifs et d’injonctions sans idées concrètes à mettre en application ni d’exemples réussis. Pour un prochain livre ? Car l’heure du « réveil » des patients a bel et bien sonné… pour une co-construction du système de santé avec ses autres acteurs et usagers.

Patients, réveillez-vous
Filippo Monteleone
Editions Débats publics – décembre 2014
225 pages – 18 €

 

Partager

A propos de Littérature et Santé

Ce blog partage avec vous, essentiellement à partir de livres, des réflexions sur les patients, les professions de santé et le numérique.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée Les champs obligatoires sont marqués d’un *