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Boule à zéro : Zidrou et Ernst se décoiffent 

La bande dessinée jeunesse Boule à zéro éditée chez Bamboo met en scène Zita Sayyah, une adolescente de 13 ans, qui en paraît 10. Elle souffre d’une leucémie, est hospitalisée depuis l’âge de 4 ans à l’hôpital LeGoff, appelé irrespectueusement par les enfants La Gaufre…. Elle règne, avec ses autres copains hospitalisés, sur le 6ème étage, réservé aux enfants accidentés ou atteints d’une maladie grave ou incurable.

Tout le monde l’appelle « Boule à zéro ».

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Le tome 5 Le nerf de la guerre est sorti en février 2016 ; la sortie du 6ème tome de la série, « Le grand jour », est prévue début 2017.

Les BD abordent avec humour des thèmes importants : les enfants malades à l’hôpital, le financement de chambres pour les parents des enfants hospitalisés, la vie, la mort…

En exclusivité mondiale, interview de Zidrou et Ernst, respectivement scénariste et dessinateur de la bande dessinée. L’interview est un peu longue : nous nous sommes laissés entraîner à papoter…

Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi ce thème des enfants malades pour une bande dessinée ?

Ernst : Comme l’idée vient de Zidrou, je vais le laisser répondre…

Zidrou : Boule à Zéro est un vieux projet dont aucun éditeur n’a voulu… 12 ans durant ! Mon idée de départ était de parler de différents enfants dont la maison est un lieu inhabituel. In fine, n’est resté que cette enfant dont la maison, c’est l’hosto.
Ernst : Il ne vous l’a pas dit mais je sais que petit, il a été hospitalisé, car il a été victime d’un accident de la route, mais je n’en sais pas plus. Personnellement, je pense que cela a un impact indéniable sur la série…

Comment a commencé l’aventure entre vous deux ?

Ernst : J’avais un contrat qui se terminait chez mon précédent éditeur et je cherchais à réaliser une série sur le malaise des ados.  Mais comme je n’y arrivais pas, j’ai laissé cette idée de côté.  Lors d’une discussion avec Zidrou, je lui ai demandé s’il n’avait pas un sujet de série pour moi.  Il m’a dit qu’il avait un scénario dans ses tiroirs depuis 12 ans et que personne ne voulait le faire à cause du sujet.  Je lui ai demandé à le lire, et dès la fin de la lecture, je l’ai appelé pour lui dire que je voulais le dessiner. D’autant plus que cette histoire faisait écho en moi d’une petite fille de 4 ans, que j’ai connue il y a plus de 30 ans, Marine, fille d’un couple d’amis qui a eu le cancer des reins et que j’allais régulièrement voir à l’hôpital. Durant toute la réalisation de l’album, j’ai pensé à elle. D’ailleurs, je lui ai dédié le premier tome.  Elle est guérie, aujourd’hui, mère de famille et se porte à merveille…

Zidrou : Oui, c’est cela, comme toujours dans la rencontre entre un scénariste et un dessinateur. Ernst cherchait du scénario… et moi je suis scénariste professionnel. Ensuite, je lui ai conseillé de faire « quelque chose qu’il n’avait jamais fait », de surprendre, de se surprendre.

Quelles ont été les étapes de la création du personnage de Zita et de son caractère bien trempé (dans le scénario comme dans le dessin) ?

Zidrou : Rien que du très banal, je le crains : j’écris… puis Ernst dessine. Zita m’est venue naturellement. Je voulais d’une fille… que tout le monde croit être un garçon et d’une battante. Zita n’est pas héroïne « seulement » parce qu’elle souffre d’un cancer.

Ernst : Le caractère des personnages est en effet défini au départ par le scénariste et pour ma part, j’essaie de m’adapter au mieux graphiquement à ces différents protagonistes. Zidrou avait une exigence, Zita ne devait pas avoir de cheveux. J’avais fait une esquisse d’une petite fille avec quelques mèches éparses, mais cela a vite été abandonné. Zidrou avait raison, chauve, c’était mieux.  De plus, ces enfants malades n’ont pas de sourcils, ce qui est une gageure supplémentaire car cet élément graphique est hyper important pour les expressions de visage…

Comment choisissez-vous les sujets de chaque tome ? Vos lecteurs ou vos rencontres dans les hôpitaux vous ont-ils déjà inspirés ?

Ernst : C’est Zidrou qui décide, même si je lui suggère de temps en temps des thèmes. Mais je le laisse seul maître à bord à ce sujet. Et je lui fais totalement confiance, car ses choix sont très bons.

Zidrou : Je cherche un équilibre de ton entre un album et l’autre. Le volume 4 étant dramatique, je voulais que le 5 le soit moins. Le thème du 5e album,  « Le nerf de la guerre » est clairement inspiré de nos rencontres en milieu hospitalier avec des associations de parents d’enfants malades et des membres du personnel soignant. Sinon, en général, j’invente tout, tout seul, dans mon coin.

Précisément, dans le tome 5, vous soulevez l’épineuse question des chambres pour les parents des enfants hospitalisés, en mettant en avant le manque d’infrastructures proposés par les hôpitaux et une situation difficile à vivre pour les parents. Comment l’idée vous est-elle venue, avez-vous un message particulier à transmettre ?

Zidrou : Serge vous racontera cela mieux que moi. Mais c’est lui qui m’a soufflé à l’oreille de traiter de ce sujet.

Ernst : Avec l’association 2000 BD que j’ai créée en 2012, j’interviens régulièrement en hôpital pour rencontrer des enfants malades et leur dédicacer des albums, et ZIDROU m’a accompagné une fois à Bordeaux où nous avons été accueillis par cette belle association Parentraide qui a préparé notre venue. Les discussions avec les membres de cette association sont autant de thèmes qui peuvent ensuite alimenter des récits. Et c’est vrai que les problèmes dus aux manques de moyens dans les hôpitaux, il y en a !  Zidrou qui est un véritable disque dur emmagasinant toutes les informations, recycle tout ce qu’il voit, entend, ou lit en de beaux scénarios… Pour mon (notre) plus grand plaisir.

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Peut-on savoir en avant-première de quoi va parler le tome 6, intitulé « Le grand jour » dont la sortie est prévue pour début 2017 ?

Ernst : Zidrou m’a dit «  Le tome 4 était dramatique, le tome 5 est économique, et le 6 sera romantique… »

Zidrou : Zita et ses amis ont fait un pari : lequel d’entre eux sera le premier, la première à sortir pour de bon de l’hôpital ? Il semblerait bien que ce sera… Zita! L’album s’ouvre sur ce « Grand jour », celui de sa sortie de La Gaufre. La suite… à la lecture!

Il se passe combien de temps entre l’idée de l’album et son arrivée chez nos libraires préférés ? 

Zidrou : 2 ou 3 semaines d’écriture. 9 mois environ de dessin et couleurs.

Ernst : Oui, il faut compter à peu près un an…

Pensez-vous continuer l’aventure encore longtemps ?

Ernst : On aimerait bien, évidemment, car c’est une série qui nous tient à cœur, mais cela dépend malheureusement de choses beaucoup plus terre à terre : c’est avant tout l’éditeur qui décide, c’est lui qui engage les plus gros frais dans l’aventure éditoriale et si économiquement il ne s’y retrouve pas, il est normal qu’il veuille arrêter. Ce n’est pas un philanthrope. Ceci dit, la série devait avoir au départ 3 titres uniquement. Puis cela a été 5, et maintenant l’éditeur est content et nous autorise à continuer sans limite. Il faut dire qu’entre-temps, nous avons reçu une bonne dizaine de récompenses et quand un éditeur est content, les auteurs sont contents…

Zidrou : C’est en tout cas mon espoir. J’ai un attachement particulier pour cette série… et ce qu’elle nous a apporté, humainement.

Racontez-nous l’aventure « 2000 BD pour les enfants atteints de cancer » ! Comment peut-on y participer individuellement et collectivement ?

Zidrou : Je laisse Ernst répondre.

Ernst : C’est en visitant le service oncologie enfants de l’Hôpital de Toulouse, en 2011,  que j’ai eu l’idée de faire offrir la BD à tous les enfants malades de France, puisque la série les concerne.  J’ai essayé de recenser le nombre d’enfants malades du cancer hospitalisés en France, mais c’est difficilement quantifiable. Par recoupements, je suis arrivé au chiffre approximatif de 2000 cas.  C’est ce qui a déterminé le nom de l’association que j’ai créée ensuite afin d’avoir un statut officiel et d’avantage de crédibilité pour mes futures démarches.  A partir de là, j’ai prospecté différents éventuels donateurs dans le but de rassembler des fonds (la liste de ces partenaires est sur le site 2000BD.org) afin de poursuivre ma démarches à d’autres pays : Suisse, Luxembourg, Belgique, Espagne, et maintenant USA et Amérique du Sud.  Pour moi, un enfant malade, qu’il soit dans un pays riche ou dans un pays pauvre est un enfant malade, et je prospecte indifféremment tous les pays du monde avec l’espoir d’apporter à tous les enfants malades un peu de distraction (c’est le seul but de l’association).

Ce sont les bons retours d’enfants malades, de leurs familles et des associations concernées qui m’encouragent à continuer mes démarches. Mis à part un chèque, la meilleure manière de participer est de faire fonctionner le bouche à oreille, car nous avons continuellement besoin de visibilité et plus les gens connaîtront cette association et plus facilement les actions pourront se concrétiser.

L’album qui m’a le plus touchée est le tome 4, dans lequel Zita déclare (sans succès, hélas) la guerre à Madame la mort « Tu entends, Madame la mort ? LA GUERRRE ! ».  Comment les enfants (et leurs parents) eux-mêmes atteints de cancer accueillent-ils Boule à zéro ?  

Ernst : Nous avions quelques appréhensions quant à la réaction sur cet épisode dramatique, mais ce n’était pas justifié car le public est intelligent et les retours ont été très bons contrairement à nos quelques craintes…  Et aussi bien les enfants malades que leur famille ou même les associations concernées nous disent : « Merci de faire une BD sur ce sujet » !  Même si les drames sont récurrents.

Boule a zéro Tome 4, à paraître en février 2015

La bande dessinée peut-elle être éducative ? Quelle est la particularité de Boule à zéro dans votre carrière et les autres bandes dessinées que vous écrivez et dessinez ?

Zidrou : Je me méfie du sens accordé, en France surtout, au terme « éducatif ». Toute histoire est éducative. Raconter n’est jamais innocent. C’est un engagement. Boule à zéro est ma seule BD où l’on connaît le coupable dès le début. Ou plutôt LA coupable. C’est en tout cas la série sur laquelle on me pose le plus de questions. La preuve !

Ernst : La bande dessinée peut surtout être utile dans le sens où ce type d’histoire peut susciter des débats dans les familles, chez des jeunes, à l’école, dans les bibliothèques, médiathèques  etc. Et ainsi rendre le sujet moins tabou. Boule à Zéro est un sujet hors norme, avec une thématique ultra rédhibitoire, et malgré tout, ÇA MARCHE ! C’est dans ce sens que je trouve ce projet magique ! Il faut savoir qu’avec le tome 1 qui continue toujours à se vendre, nous atteignons toutes éditions confondues, plus de 27 000 exemplaires, ce qui est plutôt extraordinaire par les temps qui courent…  Je ne suis pas gêné ni honteux de parler chiffres, je trouve même que c’est plutôt un beau pied de nez aux 13 éditeurs importants qui n’ont pas eu les le cran d’éditer ce projet !  Alors qu’ils l’aimaient et avaient les moyens de le publier…  Mais ceci est un autre débat…

Y a-t-il une question que l’on ne vous a jamais posée et à laquelle vous auriez voulu répondre ?

Zidrou : « Vous êtes libre, ce soir ? ». Et ma réponse serait : « Ça dépend qui paie ! ».

Ernst : Zita guérira-t-elle un jour ?  A vrai dire, je ne sais pas, et seul ZIDROU le sait (même si j’ai ma petite idée…)

 

Je termine par les 4 questions d’Orane, du même âge que Zita et qui m’a fait découvrir la BD :

  1. « Pourquoi Evelyne est morte ? »

Ernst : Elle est morte à cause d’une tumeur maligne dans le cerveau, c’est malheureusement courant. Pour être cohérent avec cette série, il était obligé que le décès d’un enfant survienne dans un des épisodes.  Cela aura été le cas du tome 4, mais rassurez-vous, d’autres thèmes moins dramatiques restent à traiter pour les albums suivants…

Zidrou : La maladie, parfois, gagne. C’est ainsi. C’est la vie. Car la vie, c’est aussi la mort.

  1. « Pourquoi on ne voit presque jamais la mère de Zita ? »

Ernst : Elle reviendra dans un prochain album, j’en suis sûr, mais encore une fois, c’est Zidrou qui décide.  Il y a une chose amusante chez lui, c’est qu’il me dit parfois dans le scénario : untel, tu lui donnes un air triste, car on saura dans l’album 7 pourquoi il est ainsi…  Je pense qu’il a en tête un schéma global de l’univers de Boule à Zéro avec tous les protagonistes et les liens qui les relient entre eux.

Zidrou : Promis, on la verra dans l’album 7 ! Elle travaille dans des hôtels, souvent à l’étranger.

  1. « Pourquoi Zita reste aussi longtemps à l’hôpital ?? »

Ernst : C’est une chose qui m’a un jour été reprochée par un spécialiste du corps médical qui m’a dit qu’un enfant ne restait jamais aussi longtemps à l’hôpital. Maintenant, pour les besoins de la série, c’est obligé. Et si vous lisez l’histoire vraie de Nathanaëlle Arginthe « Née sous les étoiles », on se rend compte qu’un enfant peut « fréquenter » un hôpital durant des décennies…  Et puis si on veut faire un rapprochement plus « léger »  avec le cinéma, imaginez le film Titanic sans l’aventure amoureuse entre Rose et Jack, l’histoire serait bien fade… Car bien entendu, cette histoire d’amour n’a jamais existé sur le Titanic…

Zidrou : Ernst, tu as brisé mes illusions concernant Titanic ! Evelyne souffre d’une leucémie rarissime qui nécessite des soins, des analyses qu’elle pourrait difficilement recevoir à la maison. Et puis, de toute façon, comme de maison, elle n’en a pas.

  1. « Pourquoi la mort est injuste ?? » 

Zidrou : La mort n’est pas injuste. Elle est implacable. Elle nous semble injuste surtout quand elle touche quelqu’un de jeune, a fortiori un enfant.

Ernst : La mort n’est pas injuste, car elle arrive inéluctablement à chacun d’entre nous.  Ce qui est injuste c’est lorsqu’elle n’est pas naturelle ou qu’elle arrive trop tôt.  Il faut aussi tenir compte du fait que la mort à une signification différente pour un enfant par rapport à un adulte qui a déjà un « passif » de vie et qui est conscient de son contenu.  Mais dans le monde dans lequel nous vivons, il n’y a pas que la mort qui est injuste, il y a aussi la maladie, l’inégalité, la pauvreté, la faim, les bombes, les guerres…  Et malheureusement la liste est longue…

Notre interview est maintenant terminée. Je remercie Zidrou et Ernst pour leur disponibilité et leur générosité à répondre à toutes ces questions. N’hésitez pas à vous procurer les 5 tomes de la BD, en attendant « Le grand jour » !

 

 

Les précédentes chroniques de Boule à zéro sur Littérature & Santé

http://www.litteratureetsante.fr/la-bd-boule-a-zero/

http://www.litteratureetsante.fr/boule-a-zero-tome-4-madame-la-mort-Zidrou-et-ernst-bamboo-editions/#more-1241

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4 comments on “Boule à zéro : Zidrou et Ernst se décoiffent 

  1. 22 novembre 2016 à 20 h 42 min

    Merci pour cette interview ! Il faut que je lise cette série (idée pour le père Noël) ++++ et je m’en vais tout de suite découvrir l’asso 2000 BD.
    Céline

    • 22 novembre 2016 à 21 h 09 min

      Belle commande au Père Noël, Céline !

  2. 27 novembre 2016 à 18 h 39 min

    Bravo pour l’exclusivité mondiale ! Sans rire, l’interview est super intéressante.
    Claire

    • 27 novembre 2016 à 18 h 41 min

      Merci pour ce commentaire, Claire !
      Sans rire, je n’ai pas trouvé d’autres interviews avec les deux protagonistes de la BD mais peut-être ai-je mal cherché 🙂

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