Leur patient préféré
Violaine de Montclos
Stock – février 2016
176 pages – 17 €

17 psys sur le divan

Comment vient l’idée de mettre des psychanalystes sur le divan et d’en faire un livre ? C’est la question que je poserais bien volontiers à Violaine de Montclos, journaliste société à l’hebdomadaire Le Point.

Tel est le projet du livre Leur patient préféré : écouter des psys se confier, sur le patient « qu’ils n’oublieront pas : leur patient préféré, ou du moins capital. Celui dont le passé a peut-être fait mystérieusement écho au leur. Celui qui, hors des sentiers balisés de la psychanalyse, leur a parfois inspiré de la haine ; de l’affection, du dégoût ou de l’admiration. Celui dont les mots, les songes, la fulgurance de la cure ou bien les résistances ont fait d’eux un « psy » différent. »

L’auteur l’avoue : sa position, en tant que non spécialiste du domaine, a été étonnante, et à vrai dire jouissive. Devrait-elle s’en expliquer auprès d’un psychanalyste ?

Il semblerait qu’elle soit impressionnée par cette profession : Que l’on croie ou non aux pouvoirs de la psychanalyse, qu’on la juge abusive, chère, incontrôlable ne change rien à ceci : il y a encore des gens qui exercent ce métier inouï – écouter des histoires, accepter de se laisser prendre, par le biais du transfert, pour un autre que soi, partager parfois pendant des années les peines, les secrets, les joies d’individus qui ne leur sont rien, puis les voir repartir, disparaître de leur existence.

Personnellement, je suis encore plus épatée que malgré le coût, malgré la difficulté de la tâche, il y ait encore des gens qui font cette démarche inouïe, raconter son histoire, accepter de partager parfois pendant des années ses peines, ses secrets, ses joies avec un individu qui ne leur est rien…

Violaine de Montclos nous livre 17 histoires de patients et de psychanalystes, qualifiées par l’éditeur d’extraordinaires, recueillies par elle-même dans le secret de leurs cabinets et rédigées à sa façon.

Je m’attendais, je crois, à des révélations, extraordinaires précisément, ce qui n’a pas été le cas.

Ce n’est qu’en feuilletant de nouveau l’essai pour les besoins de cette chronique que j’ai mieux perçu pour chaque « psy », l’impact du patient sur lui.

Peut-être est-ce dû au style de l’auteur, trop romancé, trop « envolé » ? Ou parce que l’histoire du patient est racontée d’un point de vue impersonnel, avec au final, deux intermédiaires, la journaliste et le psychanalyste ?

Deux patients m’ont particulièrement touchés : ce sont les plus âgés d’entre eux (je devrais peut-être de mon côté en parler à un psy ?) : la grand-mère, qui, à 73 ans vient démêler, pendant 4 ans, les secrets familiaux pour libérer sa petite-fille de 9 ans. Et le monsieur atteint de 75 ans, atteint d’un cancer des intestins, qui entreprend une psychanalyse. Le psychanalyste ne voit pas, au début, l’intérêt de cette démarche. Il passe de « A quoi bon ? » à « Il n’y a pas d’âge pour se sentir vivant ».

 

Leur patient préféré est un essai dont le titre interpelle, tant on n’imagine pas forcément qu’un psychanalyste puisse avoir un patient qu’il préfère. Mais à la réflexion, c’est bien humain. Et il y a – les histoires en témoignent- différentes raisons pour cette « préférence ». Est ainsi révélée l’une des étrangetés de cette relation entre un psy et un patient : le patient raconte, il avance dans son histoire, dans sa vie. Le psy écoute, l’histoire du patient le fait peut-être avancer personnellement et/ou professionnellement et le patient ne le saura jamais.

C’est un livre bien étrange, au final, à la démarche originale.

Lisez-le si vous êtes curieux de la profession de psychanalyste et de pénétrer dans l’intimité de 17 d’entre eux.

Leur patient préféré
Violaine de Montclos
Stock – février 2016
176 pages – 17 €

 

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A propos de Littérature et Santé

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