Des chauves souris, des singes et des hommes_Paule Constant_Gallimard

Ebola, une histoire humaine

Ils s’appellent Olympe, Emile, Virgile, Aggripine, Thomas, Presque-Chrétien, Docteur Désir, Sœur Tourière, sœur Bienvenue…

Leur point commun ? Africains ou Européens, ils vivent en République démocratique du Congo, près d’une rivière.

Son nom ? Ebola.

Ebola, c’est donc d’abord le nom d’une rivière, affluent du fleuve Madulé. Qui le sait, aujourd’hui ? Je l’ignorais. Il a ainsi donné son nom à la plus grande épidémie infectieuse de l’histoire.

Paule Constant raconte brillamment dans Des chauves-souris, des singes et des hommes la mécanique implacable, la chaîne d’événements conduisant à la propagation mondiale de ce virus.

Le roman est conçu comme un thriller médical dont on connaît déjà la fin :

Une dépêche de l’OMS signala l’hospitalisation à Paris d’un jeune homme avec forte suspicion de fièvre hémorragique.
Les jours suivants, le nom d’Ebola se répandit en lettres rouges dans la presse du monde entier.

Des chauves-souris, des singes et des hommes : agents contaminants du virus

Olympe, 7 ans, désœuvrée -les garçons ne veulent pas d’elle pour partir à la chasse- découvre par terre un bébé chauve-souris mal en point et se prend d’amour pour elle.

Les garçons reviennent de la chasse très (trop) rapidement, ramenant avec eux un grand singe qu’ils affirment avoir tué : « Il y avait eu in fine un terrible corps-à-corps. Ils l’avaient entortillé avec des lianes et réussi à l’étouffer. Soulagées, heureuses et fières, les mères des garçons esquissèrent des sourires orgueilleux. »

Malgré l’odeur de putréfaction de la viande, s’ensuit un banquet que se partagent les habitants du village mais aussi les voisins, les marchands ambulants etc.

Débute ainsi une chaîne de contamination qui touche tour à tour les protagonistes de cette région du monde : religieuses en mission, médecin humanitaire, docteur en ethnosociologie africaine, équipe de recherche en primatologie et bien sûr tout le village et les alentours… à commencer par le bébé Emile, petit frère d’Olympe.

Le virus Ebola : un grand criminel

Paule Constant a construit l’histoire à partir d’éléments réels : la transmission par les singes, les chauves-souris porteuses du virus, le patient 1, un bébé de 2 ans…

La maladie à virus Ebola est un type de fièvre hémorragique dont la propagation a été déclarée « urgence de santé publique mondiale » par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Elle a tué plus de 11 000 personnes en moins de deux ans.

Début mars 2016, l’OMS a annoncé que l’épidémie était enrayée en Afrique de l’Ouest.

Aucun vaccin homologué n’est encore disponible, même si l’innocuité de deux vaccins potentiels chez l’homme est actuellement évaluée.

Lisez comme moi-même j’ai révisé « Ebola pour les nuls » sur le site du Monde : Tout savoir sur Ebola en 30 questions

Le premier roman sur Ebola

En plus d’être un roman sur Ebola, rivière et virus, Des chauves-souris, des singes et des hommes est un roman sur l’Afrique.

L’auteure nous y fait voyager, nous la raconte sans jugement, avec beaucoup d’empathie pour les croyances, rites et comportements des Européens et des Africains ainsi que pour ses personnages.

Elle aborde la controverse de la vaccination de masse en Afrique : serait-ce une nouvelle méthode de coercition, après le paternalisme, contre l’indigène ?

Elle décrit le manque de médicaments, le dénuement des services de santé, les religieuses de la mission : « L’humilité de ces femmes d’attaque 24 heures sur 24 était bouleversante. Toujours se débrouiller, jamais soigner vraiment, guérir grâce à Dieu. »

Le sujet est sérieux, tragique ; le style est léger, poétique, sensible.

J’ai été séduite par ce roman qui nous mène de manière inexorable vers une autre histoire, à une échelle plus large et des conséquences dramatiques. Ebola, ce ne sont pas que des informations médiatiques, ce sont des gens, avec leur passé, leur présent, leur culture, leurs aspirations et leurs peurs aussi.

C’est ce que j’ai aimé dans Des chauves-souris, des singes et des hommes : Paule Constant rend cette épidémie un peu humaine.

 

Des chauves-souris, des singes et des hommes
Paule Constant
Gallimard – mars 2016
176 pages –   17,50 €

  • Ecouter Paule Constant parler du livre
  • Lire l’un de ses entretiens

 

Il n’y a rien que les maladies aiment tant que d’être transportées d’hôpital en hôpital mais quand elles n’en ont pas l’occasion, de village en village. Elles ne sont pas contre les balades en forêt et les croisières en pirogue. Les maladies souffrent de solitude, un malade n’est pas assez. Elles adorent les rêves-parties.

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A propos de Littérature et Santé

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