Zelie femme libre

Zélie, femme libre ou le roman initiatique d’une aide-soignante

Zélie est aide-soignante dans un établissement gériatrique : elle a décidé de rendre la vie des résidents moins pénible, de leur apporter un rayon de soleil par jour, « et elle y arrive assez bien. »

En vrai, ce qu’elle aime faire, Zélie, c’est lire, dessiner, rêver.

Mais ça ne paie pas.

Elle est enceinte et son homme inquiet pour elle et le bébé, lui parle budget, économies, F3 en banlieue, d’être sérieuse : à elle qui rêve de LIBERTÉ !

D’un seul coup, son métier d’aide-soignante n’est plus qu’un job, un moyen de gagner de l’argent, et elle trouve le temps long.

Elle s’enfuit, un beau jour, sans crier gare, en quête d’un endroit où elle sera elle-même.

Le roman Zélie, femme libre est choral : il donne la parole à plusieurs personnages, Suzanne, collègue de Zélie, Monsieur Machin, Pépé Poubelle, deux résidents et bien sûr Zélie dans la première partie intitulée Métro, boulot, dodo.

D’autres personnages, Jeanne, Léa, Le Doc font leur apparition dans la seconde partie du roman « Le Village », refuge de Zélie. J’ai moins accroché à cette nouvelle vie, plus utopiste et davantage déconnectée du système de santé (non, non, ce n’est pas une obsession pour moi).

En revanche, la première partie m’a beaucoup plu : les résidents sont hauts en couleurs et ils ont bien compris les enjeux de pouvoir dans l’établissement.

Le passage d’inspecteurs de la Haute Autorité de Santé va tout chambouler et mettre en évidence la maltraitance dans l’établissement gériatrique : sous-effectifs, lève-malade hors circuit, ordinateur en panne miraculeusement remplacé, falsification de documents…

Suzanne, solide personnage secondaire, est confrontée à un vrai conflit moral : en tant que déléguée du personnel, doit-elle se taire et protéger les emplois ou penser à elle, mère célibataire et ses enfants 1, 2, 3 ?

Suzanne a l’impression, d’évoluer dans un décor de cinéma. Les portes ne sont repeintes que du côté couloir, côté où vont circuler les experts. Côté patients, elles conservent leur aspect décrépit.

Elle trouve honteux la manière dont on traite les vieux. D’ailleurs elle espère ne jamais être à leur place et demande régulièrement à… elle ne sait trop à qui ou à quoi… l’Univers, Dieu, celui qui voudra bien l’entendre, de lui épargner cette humiliation.

Ce passage m’a fait penser au texte poignant de Florence Braud, à lire absolument, sur son blog Soignante en devenir « Alors elle se tait » et à sa triste suite.

Je pense aussi à l’association de soins infirmiers à domicile Buurtzorg, créée en 2007 aux Pays-Bas, laquelle a adopté un mode d’organisation révolutionnaire, basé sur de petites équipes visant à redonner du pouvoir aux infirmiers et aux patients en favorisant leur autonomie. Mais je m’égare.

Le roman Zélie, femme libre interroge sur la situation des soignants en établissement, la place et le soin que nous accordons aux personnes âgées dans notre société et sur nos choix de femmes (et d’hommes) libres.

Un premier roman court, sympathique, engagé, laissez-vous tenter !

Je laisse l’auteur, Amélie Moy, comédienne et masseur-kinésithérapeute, finir de vous convaincre :

Zélie, femme libre
Amélie Moy
Presses de l’EHESP – septembre 2016
96 pages – 10 € en version papier, 6.99 en e-book

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A propos de Littérature et Santé

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